
Richard Mille a révolutionné en quelques années le monde tranquille de l’horlogerie avec ses montres spectaculaires. C’est également un authentique passionné d’automobile, de mécanique et de… gastronomie. Rencontre intimiste avec un homme d’une rare générosité, texte intégral.
Vous travaillez depuis la Bretagne, loin de Paris, loin de Genève, pourquoi ce choix ?
Tout à fait ! C’est vraiment très curieux parce que j’ai été parisien pendant 25 ans. Ma femme avait envie et moi aussi, d’habiter à la campagne, donc nous avons décidé de quitter Paris. À l’heure actuelle nous sommes installés au milieu de nulle part, en Bretagne, ça me plait beaucoup. Travailler depuis la campagne c’est un plaisir. Entre internet, le téléphone, le fax… Aujourd’hui, vous savez, c’est tellement facile ! Le matin j’arrive, j’ai les éléments dont j’ai besoin, que ce soit sur le plan financier, la production, le SAV, les livraison… C’est très facile !
On m’a dit que vous produisez du cidre…
Yes ! C’est à dire que je ne produis pas du cidre mais je vends des pommes – des pommes bio ! Je donne la plus grosse partie de cette production à une association caritative qui après fait du cidre.
Le produit Richard Mille le plus abordable !
Absolument (rires) !
Vous avez la réputation d’être un grand amateur de cuisine, quel est votre péché mignon ?
C’est vrai que j’adore manger (rires) et mon péché mignon ce sont… les pâtes (rires), c’est beaucoup plus simple ! Sous toutes leurs formes, mais ce sont les pâtes, j’adore les pâtes, j’en cuisine beaucoup. Pour les plats plus élaborés, je préfère aller au restaurant, par sécurité !
Quelles sont les adresses où on peut vous voir, où vous aimer particulièrement vous restaurer ?
A Paris je vais un peu partout. Je suis assez papillon, aussi bien traditionnel qu’avant-gardiste. Je m’aperçois que, comme pour tout, je suis assez éclectique. En vin c’est pareil, je n’ai pas de religion très établie. Je travaille beaucoup au coup de coeur. Un jour je vais être très Bourgogne, le lendemain Bordeaux, après Italien, Espagnol, vin du Jura, Sancerre… Franchement c’est très au coup de coeur, j’aime bien me laisser aller à mes impulsions.
Au gré d’une promenade, d’une découverte…
Oui et c’est pareil à la maison. J’aime bien justement ne pas être prisonnier de quoi que ce soit… Mais c’est vrai qu’en matière culinaire, avec l’âge j’aime de plus en plus manger italien, c’est très étonnant, j’adore manger italien !

Vous êtes un passionné de sport automobile, et de voitures classiques, vous sponsorisez des événements comme Le Mans Classic ou le Grand Prix de Pau cette année. Comment pourrait-on définir votre rapport avec l’automobile ? Qu’est ce qui vous passionne ?
Il y a plusieurs aspects. J’ai toujours été un fou de mécanique. L’aspect mécanique sur les voitures classiques a beaucoup d’importance, parce que la mécanique n’est pas, ou peu, cachée. Elle est très visible, elle est abordable, très présente, pas comme sur les voitures d’aujourd’hui – que j’aime beaucoup par ailleurs. L’intérêt des voitures classiques, c’est une approche de la mécanique qui est très abordable, donc très sympa, très conviviale. Ensuite, on a aussi l’intérêt d’avoir des formes qui à l’époque n’étaient pas dictées par l’ordinateur, les souffleries, etc. On avait donc vraiment la patte du dessinateur, du créateur. Si vous prenez même des avant-guerre, pas exemple une Delahaye carrossée par Chapron ou Figoni, vous avez des voitures qui ont des lignes purement inoubliables. Si vous regardez les voitures d’après-guerre c’est pareil, que ce soit une Jaguar XK140, une Type E, une Aston, une Ferrari de ces années là, vous avez des lignes qui sont vraiment merveilleuses et qui en plus sont très personnalisées, alors qu’aujourd’hui on a tellement de dénominateurs communs que tout finit par se ressembler.

Vous avez des voitures anciennes, une petite collection ?
Non, je ne suis pas collectionneur, là aussi je travaille par coup de cœur, donc j’ai des voitures qui sont significatives d’une certaine époque. Je n’ai pas le caractère compulsif du collectionneur, là aussi, je papillonne. J’ai par exemple une Lancia Stratos qui est une voiture qui a vraiment marqué son époque. J’ai une Lola T70 qui est une voiture diabolique et merveilleuse. Elle a des formes superbes, j’allais dire même inoubliables, une ligne somptueuse.
J’ai des goûts très éclectiques. Je n’ai pas la fibre du collectionneur qui ne va s’intéresser qu’aux Ferrari, qu’aux Maserati, qu’aux Aston, etc. Je ne tiens pas à avoir beaucoup de voitures parce que j’ai du mal a imaginer avoir une voiture que je ne pourrais pas utiliser. Quand on en a trop, on ne les utilise pas donc elle s’abîment. C’est triste de voir une voiture inerte, j’aime bien qu’elles sortent, qu’elles respirent. C’est joli de les voir dans un contexte extérieur et non pas dans une lumière d’expo blafarde. Les musées de voitures c’est quand même très triste.
Est ce que vous même vous participez à des courses avec ?
Oui, oui, oui ! J’ai démarré une carrière de pilote automobile (rires) avec de grandes ambitions bien sûr (rires). Ça correspond à la notion hédoniste de pur plaisir, avoir des sensations, essayer de trouver ses limites en s’amusant, sans se prendre au sérieux, avec des copains. C’est parfaitement dans l’esprit de la montre Mille, ça permet de coller à la philosophie de la marque : cet amour pour la mécanique.

C’est donc cela le lien entre l’automobile et la montre. Il y a d’ailleurs beaucoup d’allusions à la Formule 1 chez Richard Mille, on entend même des bruits de moteurs sur le site. Vous avez un partenariat avec Felipe Massa… La relation est très forte !
Oui, la relation est forte. C’est d’abord parce que Massa et son manager Nicolas Todt sont des copains. J’adore Massa, c’est un pilote qui est remarquablement intelligent, très sensible, un type vraiment adorable. Sur le plan humain c’est une pure merveille. Ensuite c’est un pilote merveilleux, extraordinaire, qui a beaucoup progressé. Je n’aime pas trop la qualification d’ambassadeur, c’est pour moi un terme marketing un peu vide. Ce que j’aime bien c’est l’idée d’avoir Massa comme pilote essayeur, c’est à dire qu’il est le seul pilote à courir les grand prix avec une montre, une montre Richard Mille, c’est mon testdriver.
On parlait automobile classique, est ce que dans les montre aussi vous trouvez une inspiration dans le classicisme ?
Non, en fait dans les montres mon inspiration vient aussi de mon éclectisme, c’est à dire aussi bien mon amour pour l’aéronautique que pour la mécanique automobile en général, c’est donc une synthèse de tout cela. J’ai toujours trouvé que l’analogie avec la voiture dans l’horlogerie est une analogie de premier degré, et ce n’est pas ma tasse de thé. Ce que j’aime travailler sur les montres ce sont des problèmes fonciers. J’aime travailler par exemple des problèmes de rigidité. Dans l’automobile on a l’importance de la rigidité du châssis, et on retrouve cela dans l’horlogerie. Le problème de la réduction des frottements c’est pareil. Les problèmes d’efficacité entre le moteur et les performances aussi. Vous pouvez avoir un moteur de mille chevaux, si vous n’arrivez pas à retranscrire cette puissance à la route vous avez travaillé a moitié. J’aime bien avoir cette idée qui consiste à faire un produit performant et efficace, c’est encore un rapprochement qu’on peut avoir avec la F1.
Il y a ensuite la résistance aux chocs. Quand j’ai mis une montre tourbillon au poignet de Massa, il y a quelques années, tout le monde m’a dit que j’étais fou, qu’un tourbillon c’est tellement fragile que ça allait durer dix minutes. J’avais travaillé la résistance aux chocs de telle manière qu’il a fait deux saisons avec sa montre tourbillon sans maintenance.

J’adore travailler sur des objectifs fonciers, des objectif réels, des objectifs précis : performance, résistance au choc, esthétisme… En même temps je ne suis pas prisonnier de la voiture ou de la Formule 1, j’aime bien mélanger les notions de technique extrême avec les notions d’architecture, ou la notion de lifestyle.
J’aime bien aller sur des terrains où l’on ne m’attends pas. Par exemple l’an dernier, j’ai sorti une montre de poche, parce que tout le monde me disait que la montre de poche c’était mort, qu’il n’y avait absolument aucun marché pour ce type de montre. En fait ça s’est avéré être faux, il fallait tout simplement la revisiter, l’adapter à une utilisation contemporaine, faire un produit beaucoup moins « papy », un produit moderne.

Vous présentez une nouvelle montre, la RM025 qui est votre première montre de plongée, qui abandonne la forme du tonneau, un nouvel éclectisme, une rupture…
Oui c’est un rupture de la continuité. La montre de plongée, en fait, est ronde pour des raison d’étanchéité. C’est difficile d’imaginer une montre de plongée qui ne soit pas de forme ronde, c’est quasiment obligatoire pour avoir une montre de plongée « digne de ce nom ». Ça m’intéressait d’imaginer une montre qui ait – pour prendre un terme de la mode – l’ADN de la montre Mille… mais avec une forme différente !

J’avais aussi fait une montre rectangulaire auparavant, la RM016. Je voulais faire une montre plate au moment où tout le monde faisait des montres, y compris moi, très épaisses, des usines à gaz avec plein de complications. J’ai fait une montre simple, très sobre, trois aiguilles et date, très ergonomique, très facile à porter, parce que je ne voulais pas être prisonnier d’une montre très compliquée sur laquelle la trente-sixième aiguille donne la trente-sixième fonction.
Comme toujours, j’aime bien prendre le contrepied, y compris de ce que je fais, tout en restant cohérent avec l’ensemble de la collection. Ce qui est important c’est de ne pas être prisonnier d’un style.
Interview réalisée par Ian Alexander, photos copyright Richard Mille

Les commentaires
La ressemblance est frappante et l’article excellent.Bravo!
Excellente initiative que celle de l’interview !
excellent !
kisses
Un très bon article qui fait découvrir la passion pour l’auto et l’orfèvrerie horlogère de Richard Mille. On aprécie ou non ses superbe montres mais il faut bien avouer qu’elles ont dépoussiéré le genre des montres “sportives” ou liées au sport.
D’ailleurs l’originalité de R. Mille a fait école et on retrouve un peu de son esprit dans d’autres créations horlogères de la place. Je pense particulièrement aux montres B.R.M ( créées par Bernard Richards).
Mais je suis de ceux qui sont surement un peu conservateur en matière de montres, et j’ai toujours un vrai faible pour la Tag Heuer Monaco ou pour une Officine Panerai Ferrari ( même si j’ai déjà une superbe Marina Luminor quasi indémodable ! )…les montres, c’est souvent un peu comme les autos, on en aime beaucoup, on les voudrait toutes, impeccablement rangées dans sa commode, mais c’est encore une fois le budget qui coince, hélas !
Pour ceux qui voudrait découvrir BRM, voici le lien ( ne pas passer l’intro pleine de beaux sons automobiles et puis l’ambiance du site qui est rythmée par des bruits de stands…)
http://www.brm-manufacture.com/
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