Il est fort probable que le nom de James Ramey, aka baby Huey, ne vous dise rien. Ce chanteur américain est décédé le 28 octobre 1970 à l’age de 26 ans, d’un combo fatal d’héroine-alcool associé à un surpoids dû à un dysfonctionnement glandulaire. Une lacune que nous allons tenter de combler.
Son unique album sort à titre posthume en février 1971, produit par Curtis Mayfield et son label Curtom record. C’est d’ailleurs un peu plus qu’une simple touche que le père Mayfield apporte, quatre titres sur les neuf présent lui sont atribués : Mighty Mighty Children part 1, Hard Times, Running, Mighty Mighty Children part 2. ; deux pour Ramey : Mama Get Yourself Together et One Dragon Two Dragon ; une reprise de Sam Cooke : A Change is Gonna Come, et le California Dreamin’ des Mamas & Papas.
Baby Huey dans les années 1960, avec les Babysitters
Mayfield décida de se passer du groupe accompagnant habituellement Baby Huey lors de l’enregistrement, les bien nommés Baby Sitters, malgré ce que laisse supposer l’intro de Mighty Mighty Children part 1. C’est avec les Baby Sitters qu’il avait sorti quatre singles dans le courant des sixties sans rencontrer le succès :
Monkey Man :
Beg Me :
Messin’ with the kid :
Just Being Careful :

L’album s’intitule The Baby Huey Story: The Living Legend, il aurait très bien pu convenir comme bande son d’un film de la Blaxploitation, ce que Mayfield fera un peu plus tard avec Superfly. Le tout est très instrumental avec pas moins de trois titres dénués de chant, Mama Get Yourself Together, California Dreamin’ et One Dragon two Dragon. Dans leur ensemble les percussions sont très « Mayfieldienne » et Move on Up vient rapidement à l’esprit. On oscille entre funk et soul, Sly Stone n’est pas loin et les cuivres foisonnent dans tous les sens, mais le chant de Baby Huey reste très soul.
La reprise de Sam Cooke, A Change is Gonna Come est assez hallucinante, pratiquement dix minutes de pure soul, les hurlements déchirant sont d’une justesse émotive somme toute assez troublante.
Hard Times et A Change is Gonna Come sont incontestablement les bijoux de cet album. Hard Times (in this crazy town) est un hymne urbain, je l’apprécie tout particulièrement en sortant du tunnel de la Porte d’Orléans pour aller prendre le périphérique. C’est l’endroit parfait, après une chaude journée de juillet, loin d’une nature immaculée, là où il n’y a pas de place pour le romantisme. En ville, la poésie sent le bitume chaud et les gaz d’échappement ; les trompettes sont des klaxons et le reste n’est qu’un mensonge. Hard Times c’est un peu ça, une vérité brute de décoffrage.
La reprise de California Dreamin’ fera redescendre les ardeurs de dealer à la manque qui sommeil en nous et peut-être même apprécier la flute traversière. Les percussions-cuivres, très nerveux comme dans le reste de l’album, contrastent avec le calme de cette flute et d’une discrète mais néanmoins présente guitare clair.
Running ne manque pas de punch et et on regrettera ce solo de guitare pratiquement étouffé par le chant. One Dragon Two Dragon est peut-être celle qui pèche un peu, clairement pas au niveau du reste de l’album, je ne peux m’empêcher d’avoir des images de « The Love Boat » en l’écoutant.
Mighty, Mitghy Children part 2 reprent la thématique de la part 1, du funk pur jus, basse et guitare rythmique efficace, avec une soliste qui apparaît ci et là. Le tous porté par la voix de Baby Huey qui impose une sacrée touche tout du long de l’album. Cet album n’a évidement pas connu le succès, tout du moins lors de sa sortie en 1971, et est rapidement tombé dans l’oubli. Il faudra bien des années pour que quelques génies du sampling ne dépoussièrent ce désormais classique du Funk.

