Le ver était dans le fruit. Ou l’auto dans le garage. Rouge, luisante et tentante comme une pomme d’amour. Qu’avais donc en tête mon ami Piotr en me la prêtant pour me dépanner ? Ne se doutait il pas que je ne pouvais que transgresser les convenances pour l’emmener avec moi jusqu’au bout de la nuit ?

La 318iS se pare de tous les atouts de l’époque pour mieux me séduire. Spoiler, becquet et « larges » jantes BBS flattent l’œil. A l’intérieur la finition Worldline étale ses carreaux sur les baquets et les trois bandes Motorsport du volant sport au levier de vitesse. En me laissant tomber dans l’habitacle une odeur bien familière empli mes narines. Croyez le ou pas, les E30 fleurent bon le thé au caramel.

Le moteur murmure gravement alors que je recule doucement hors de mon box, dans la lueur jaune des phares. Flash-back soudain. Rappel d’une époque oubliée. Souvenirs fugaces d’enfance. Tout revient d’un coup dans cette formidable machine à remonter le temps. Il ne reste plus qu’à glisser une cassette de Tears For Fears dans le Blaupunkt autoreverse et d’empoigner les commandes pour un voyage sans fin à travers les années 80.

Hurlement métallique sur la file d’accélération tandis que l’aiguille de l’économètre disparaît hors de ma vue. Les rapports courts de la boîte s’enchaînent, me collant dans le siège terriblement dur. La route défile à toute vitesse. Everybody wants to rule the world. J’entends à peine les paroles tant le bruit sourd emplit l’habitacle.

1h00 du matin. Reims. La cassette change de face. Il apparaît raisonnable de faire demi tour maintenant. Demain je me réveillerai en 2007. Peut-être.