Grand
Prix historique de Monaco
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Ne
serait ce que par le fait que la Princesse Anne possédât
une demi douzaine de Reliant Scimitar, tout Bleinheim Ganger
qui se respecte possede quelques solides convergences avec
la famille Royale d’Angleterre. Il se doit dès lors
de venir humer l’air des principautés de notre planète
pour s’impregner des parfums énivrants de cette douce
langueur typiquement régalienne surtout si cette dernière
est agrémentée des saveurs épicées
d’une réunion mécanique des plus majestueuse.

Sur
les bords de la Mediterrannée, Monaco déroule
ses palaces jusqu’à la mer et pour égayer les
jours paisibles des fortunes alanguies sur les pontons des
yachts amarrés, chaque année, les berlines avec
chauffeur cèdent leur place aux bolides surchauffés
pour quelques circonvolutions endiablées. Mais le fortuné
se faisant agé, l’ACM a eu la belle idée de
lutter contre l’Alzheimer des élites richissimes du
Rocher en leur proposant quelques exercices de mémoire.
Sous leurs yeux blasés, les reines de la vitesse qui
ont, un jour, foulé le goudron princier défilent
comme au premier jour, ravivant ainsi les souvenirs des membres
des hospices monegasques aux noms évocateurs de: Grand
Hotel, Hermitage ou encore Hôtel de Paris.

L’immense
réputation du Bleinheim Gang permet à ses membres
de se joindre aux petits jeux de la haute société,
même si, dans sa grande générosité,
le Ganger remettra tout de même quelques subsides au
vigile indélicat à la poigne de fer, bien peu
au fait de la grande popularité dudit BG !

En
approchant, loin des miaulements hystériques des V10
informatisés actuels, les sonorités qui emplissent
votre canal auditif s’étalent de l’hésitant
glougloutement répétitif aux graves vociférations
musclées, en passant par des couinement de crecelles
stridentes qui sont autant de symbôles des réglementations
sportives successives.

Au
détour d’une residence, des images d’un autre temps
viennent s’ajouter à ces symphonies plurielles. Alfa
Romeo P3 1934, Delage 1500 1927, MG K3 1933, Bugatti 35 1925,
Maserati 26M 1930 ou 4CL 1939, Alfa Romeo 12 C 1937…. ces
ancêtres viagralement revigorées habituellement
figées dans la chimie des photos sépia, s’ébattent
comme de jeunes jouvancelles dans les méandres monégasques.
Loin de s’organiser en processions contemplatives, ces grand-mères
sont menées à la cravache par des gérontophiles
avertis, aux gestes amples mais précis. Ce sont les
mêmes qui, dans un désir inassouvi, vont s’attacher
ensuite à dompter des montures de plus en plus jeunes
telles que les Maserati 250 F 1954, March 711 1971, Tyrrell
P34 1976, BRM P201 1974, Matra MS 120 1971….. Sans ménager
leur peine, les autos et les hommes taquinent un chronomètre
désormais au millieme de seconde dans des hurlements
pneumatiques et des effluves caoutchouteuses qui rendent ces
joutes historiques d’une trivialité fort plaisante.

Et
si jamais les blasés n’étaient pas repus, sachez
que le GP de Monaco fut ouvert, en 1952 seulement, aux GT
les plus enivrantes qui soient, ce qui nous donne donc l’occasion
d’admirer ces voitures de sport glisser élégamment
sur le bitûme princier. L’orgasme auditif qui prévaut
avec les monoplaces cède alors la place à un
émerveillement visuel devant les formes généreuses
façonnées à la main par des artistes
de l’aluminium. Jaguar Type C, Frazer Nash le Mans, Osca MT4,
Cisitalia 202 MM, Veritas RS ne laissent personne insensible
et si, là encore, vous n’êtes pas satisfait,
il vous reste l’insigne bonheur de pouvoir tailler le bout
de gras avec quelques pointures telles que Gerard Crombac,
Jean Pierre “panard plombé” Jarier, Jean
Sage, Phil Hill et quelques autres touristes illustres arpentant
goulûment ce paddock des merveilles.

Et
pour les plus insensibles, je vous conseille d’aller serrer
la glorieuse pogne de l’égal des Fangio, Hawthorn,
Tarrufi, Chiron, Collins, Behra, Clark, Hill, Surtees, McLaren,
je veux parler de l’immense, du monumental Sir Stirling Moss.
Pour cela, il vous faudra tout de même attendre qu’il
descende de sa Jaguar type C 1952 encore fumante des tortures
imposées par ce sexagénaire toujours souriant
et disponible pour les nombreux autographes réclamés.
Cette main qui a tapoté l’épaule des plus grands,
les a vaincus, qui a serré les volants des plus merveilleux
specimens de voitures de sport imaginables, cette main s’est
glissé pour l’éternité entre mes doigts
tremblants et à cet instant, même le plus impassible
d’entre tous ira de son cillement de paupières.

Le jour
et le tumulte se taisent sur Monaco, laissant le clapotis d’une
Méditerrannée bienveillante se faire à
nouveau entendre, dérangeant à peine l’alignement
des yachts ammarés. Les défilés mécaniques
de l’après midi déjà oubliés, les
riches vieillards s’émoustillent à l’idée
de peut être obtenir quelques faveurs de leurs jeunes
épouses lassives, et moi, je quitte à regret la
principauté et son manège enchanté, les
yeux rougis et pas seulement par les gaz imparfaitement brulés.

Il y a
des jours comme ça où l’on se dit que tutoyer
les anges est possible. Dire que je lui ai serré la
main..

 

 
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texte et photos : Mister Panick pour le blenheim gang