L’une des plus spectaculaires, et sans doute la plus attachante des voitures de courses de années 70, la Jaguar XJ12C Broadspeed avait tout pour devenir la reine du championnat européen de voiture de tourisme. Sauf que, comme tout bon produit de la British Leyland, rien ne marchera comme prévu.
Le team Broadspeed de Ralph Broad avait pourtant forte réputation. Dans les années 60 ses Mini sont tellement efficaces sur circuit, qu’en 1965 la BMC en fait son équipe officielle au championnat européen Saloon Car, avec à la clé de fameuses victoires de classe : Monza, Nürburgring, Spa, Zandvoort… Il réalisera même un coupé sur la base de la Mini, la fameuse Broadspeed GT, puis s’occupera de faire courir les Triumph Dolomite Sprint officielles de la British Leyland.
Confiant dans le potentiel de développement du V12 Jaguar, Ralph Broad s’attaque à son plus grand challenge, fin 1975 : faire de la Jaguar XJ12C une voiture capable de battre les Ford et BMW du Groupe 2 en championnat d’Europe. Ce spécialiste de la préparation course s’en donne à coeur joie : le moteur 5,4l développe désormais 560ch ! La carrosserie est sensiblement modifiée avec d’énormes passages de roues – si emblématiques – qui cachent des roues gigantesques (pour l’époque) de 19 pouces. Et si l’intérieur est soigneusement vidé, le coupé XJ n’oublie pas d’être une Jaguar : la ronce de noyer sur la planche de bords a été conservée, tout comme les vitres électriques. Sans doute la voiture de course la plus luxueuse au monde !
Deux voitures sont préparées pour la saison 1976, mais, malgré une brève apparition à Brno en mai, elles ne seront prêtes que pour le RAC Tourist Trophy, se déroulant en septembre sur le circuit de Silverstone. Les débuts en compétition se déroulent comme dans un rêve : Derek Bell s’offre la pôle position avec deux secondes d’avances sur la BMW la plus rapide ! Mais après quelque tours en tête, la malchance va s’installer, définitivement. Une crevaison pour Bell, puis une rupture de transmission et la perte d’une roue alors que la voiture est au main du second pilote, David Hobbs.
Qu’a cela ne tienne, le succès populaire a été au rendez-vous et ce sont deux voitures qui sont engagées pour l’intégralité du championnat ETC 1977, aux mains de John Fitzpatrick, Tim Schenken, Derek Bell et Andy Rouse. La saison ne sera qu’une interminable série d’espoirs…déçus.
Monza : pôle pour Fitzpatrick, a des années lumières des BMW. Il mène la première des quatre heures de courses avant d’abandonner. L’autre voiture ne s’est pas qualifiée.
Salzburgring : pôle et quatrième place en qualifications, les deux voitures vont mener la course puis abandonner toutes les deux sur rupture d’arbre de roue. Double abandon aussi au Mugello.
Brno, les deux XJC monopolisent la première ligne, seule celle de Fitzpatrick/Schenken finira – pour la première fois – à la seizième place.
Nürburgring, Fitzpatrick en pôle bat le record de la piste dans son premier tour, malgré un départ arrêté ! Abandon. Consolation Bell et Rouse amènent leur voiture à une seconde place bien méritée.
On continue ? Zandvoort, double abandon. Tourist Trophy à Silverstone, deux premières places sur la grille, seuls Schenken et Fitzpatrick terminent, quatrièmes. Zolder, enfin, double abandon.
On l’aura compris, la XJ12C Broadspeed était extrêmement rapide, bien plus que les BMW 3.0 CSL rivales, mais était incapables de terminer une course. Jugez du peu, sur un total de 17 engagements en deux ans, on compte 14 abandons et seulement 2 arrivées dans les points. La honte. Il n’y a pas d’autres mots. La cause à d’interminables problèmes, que ce soit de lubrification, de pneus ou de transmission. L’adoption d’un carter sec en 1978, ce que le règlement permettait enfin, allait sans doute résoudre bien des problèmes et donner enfin la victoire à Jaguar. Sauf qu’entre temps, la British Leyland en aura assez de financer sa danseuse, et jettera l’éponge. Ralph Broad en fera autant, laissant la direction de Broadspeed à un de ses collaborateurs pour jouir d’une retraite bien méritée.
La voiture a connu plus de gloire dans le série The New Avengers ou elle est conduite par Patrick MacNee dans le rôle de John Steed. Si la voiture sort bien des ateliers Broadspeed, avec son kit carrosserie typique et ses jantes de course de 19 pouces, elle possède, pour d’évidentes raisons de fiabilité, qu’un moteur strictement de série, et des pneus pluie la rendant plutôt délicat à piloter en courbes.
Il n’existe que 4 exemplaires de la voiture de course, que l’on voit régulièrement dans les événements historiques. Si leur passé est malheureux, elles ont fort heureusement toute traversées les décennies pour notre plus grand plaisir. Merci à elles.
Vidéo de la Jaguar XJ12C des New Avengers
Texte : Yan Alexandre, photos via Retrorides et Stipistop.











Je me trompe peut-être, mais ne serait-ce pas plutot du 16 pouces la-dessus ?
Possible, mais les jantes sur ces photos récentes sont significativement plus petite que celles de la version course.