À quelques kilomètres de Paris, le Vexin : la campagne à portée de main, avec son lot de routes départementales sinueuses et ses courbes exigeantes. C’est ce qu’est allé vérifier Maciej, au volant de sa fidèle Porsche 924.
Ca faisait longtemps que je voulais faire un tour dans le Vexin, voir de mes propres yeux cette fameuse Vallée de la Seine dont mes amis motards me vantent les merveilles dès que le soleil daigne se montrer. En un peu plus d’un an au volant de la 924 j’ai surtout passé du temps en Normandie ou au sud ouest de Mantes-la-Jolie et principalement la nuit à rouler vite sans me préoccuper ni du paysage, ni de la qualité de la route.
Dans tous les cas j’essayais toujours de rester à proximité d’un grand axe ou d’une ville, la voiture n’étant pas encore au top de sa fiabilité. Je dois vous avouer que j’ai passé beaucoup de temps sur l’A13 à faire des allers-retours entre Epône et Poissy. Ca m’allait. Faute de mieux.
Mais quelques travaux plus tard et les beaux jours aidant, l’envie de m’enfoncer plus loin dans l’inconnu prit finalement le dessus sur mes pis-allers nocturnes et me voici donc dimanche dernier, le nez dans les cartes, à piocher des infos sur des forums de motards, tout excité à la perspective de cette première aventure solitaire digne du Blenheim Gang.
Le plan était simple : lever lundi matin aux aurores, départ à 8h direction Mantes-la-Jolie puis la Roche Guyon, un petit tour dans la région, déjeuner sur l’herbe et retour à la base vers 14h pour éviter le trafic de fin de journée.
9h30 le lendemain. Je me réveille en sursaut, je ne me souviens même pas avoir entendu le réveil sonner. Tant pis, j’aurais au moins évité les embouteillages du matin.
Je n’ai pas touché la voiture depuis deux semaines et ça se sent. Elle tourne mal, donne des à-coups à l’accélération et de gros coups de bélier à la décélération. Les passants se retournent sur cette drôle de voiture rouge tremblotante et pétaradante, les chiens me courent après dans la rue et je distingue dans le ciel la silhouette lugubre des vautours attendant que le 4 cylindres de motoculteur caché sous le capot rende l’âme dans un dernier râle métallique.
Mais il n’en sera rien. Ce moteur rustique n’en est pas moins solide et il tourne parfaitement rond après une vingtaine de kilomètres d’A13.
Arrivé à Mantes, je me trompe de sortie et mets un bon quart d’heure à retrouver mon chemin. Direction plein ouest direction Rosny sur Seine. L’idée est de traverser Rosny, d’arriver à Bonnières et de remonter sur la Roche Guyon. Mais à Bonnières, trop occupé à regarder les usines je continue tout droit vers Port Villez et Vernon.
Grand bien m’en prit. Cette erreur rallongea mon périple d’une vingtaine de kilomètres et me permit d’emprunter la paisible Nationale 15. Des courbes douces qui embrassent le cours de la Seine. Hauteurs boisées sur ma gauche, voie ferrée à droite et la Seine juste derrière. Les nuages sont partis depuis longtemps arroser Paris. Tout va bien.
A Vernon, un peu perdu et en l’absence de tout panneau pour La Roche Guyon je décide de suivre Giverny. Quitte à ne pas savoir où on est autant aller voir ce qui est joli.
Me voici donc sur la rive nord de la Seine, plus vallonnée et verdoyante que la rive sud. La petite route qui monte vers Giverny est bucolique, très bien entretenue et bordée de fleurs, site touristique oblige. Je suis agréablement surpris de la manière dont les locaux ont réussi à camoufler les parkings attenants au Musée des Impressionnistes derrière de grandes haies fleuries de sorte qu’on peut passer à côté sans les voir. Le paysage n’est pas dénaturé, les yeux du conducteur errant sont contents.
Passé ce village cher à Claude Monet, la route devient plus intéressante, les courbes rapides s’enchainent, et ça grimpe, ça grimpe. La Porsche est maintenant en conditions optimales : le moteur est onctueux, la transmission est chaude, les pneus aussi. J’avale les kilomètres jusqu’à Sainte Geneviève les Gagny bien trop vite. Soudain, en haut de la route je repère un panneau pour La Roche Guyon, j’ai bien fait de suivre mon instinct. Je bifurque à gauche et comprends enfin pourquoi les motards viennent rouler dans la région. L’entrée ouest de la Roche Guyon offre un panorama exceptionnel sur la vallée et, surtout, elle s’effectue par une descente en lacets courts et rapides. Je ne suis jamais allé dans les Alpes ou en Corse mais c’est exactement comme ça que je me figure les routes là bas : des lacets, une falaise d’un côté, le vide en contrebas, et un simple muret blanc en guise de garde fou.
La différence avec le sud réside cependant dans la longueur du tracé : là où nos amis méridionnaux ont ce genre de paysages sur des kilomètres, la descente sur La Roche Guyon est expédiée en une courte minute. Plaisante minute. Mais courte. Le village en lui même est très joli, mais peut-être un peu trop propre. On sent que le lieu est très touristique et ça enlève beaucoup de charme à un endroit pourtant magnifique, surplombé par un fort qui semble accroché à la falaise. Malheureusement, trop concentré sur la route j’en ai oublié de sortir mon appareil photo. Je ne m’attarde pas et prends la direction de Vétheuil par la Route de La Vallée. Le contraste est saisissant. Un instant vous êtes en Corse, l’instant d’après vous vous retrouvez sur une route tranquille de la Creuse. L’endroit est désert et serein. Je préfère.
Rien de particulier à Vétheuil si ce n’est une rencontre inattendue avec des chevaux (je suis un indécrottable citadin, les chevaux sont des animaux mythiques pour moi) et le fait que c’est la porte d’accès à la Route des Crètes dont je ne connaissais pas l’existence avant de l’emprunter. Ignorant que j’étais.
Je suis les panneaux et me retrouve sur une route magnifique, isolée, bordée de petites maisons et qui grimpe doucement, tour à tour rectiligne et viroleuse, tantôt entre deux champs, tantôt au coeur d’une forêt jusqu’à passer derrière le fort de la Roche Guyon.
Si vous passez dans le coin n’hésitez pas à vous arrêter pour admirer le paysage. Le plateau à l’aplomb du Fort est idéal pour vous remplir les yeux et les narines de la beauté du coin. Pour ma part je profite du paysage pour dévorer mon sandwich acheté plus tôt sur une aire d’autoroute.
Avant de repartir je fais quelques allers-retours entre Vétheuil et le plateau pour profiter des virages. Au terme de ces 9 kilomètres de bonheur automobile je me retrouve de nouveau à l’entrée ouest de la Roche Guyon, et décide alors de me diriger vers Gommecourt. On m’avait parlé d’une petite route qui descend dans la vallée vers Clachaloze, assez difficile à repérer si l’on est pas du coin.
Arrivé sur les lieux, et encore chaud des virages rapides de la Route des Crètes je m’engouffre dans la descente à fond de troisième sans précautions et manque de passer par dessus le monticule de terre qui sépare la route du vide dans le premier virage. N’ayant pas compris que j’allais trop vite il m’arrive la même chose dans le troisième virage, un gauche particulièrement vicieux qui se referme. Rétrogradage cavalier, blocage de boite, les pneus qui crissent puis plein gaz sans passer la troisième jusqu’au bas de la descente dans un enchainement de virages lents abordés bien trop vite. J’ai retrouvé les sensations que j’avais quand je faisais du kart il y a une dizaine d’années.
Direction Bonnières sur Seine pour passer rive sud, destination Bréval. Une déviation me permettra de découvrir quelques routes savoureuses derrière Tripleval.
Changement de décor rive sud : il n’y a plus de vallons, le paysage est agricole mais les routes sont plus larges et plus rapides. Ce que l’on perd en excitation due au décor on le gagne en plaisir de conduite.
Passé Bréval, je passe par Neauphlette, Gilles et La Chaussée d’Ivry. Trois villages reliés par une départementale qui s’avale à grande vitesse.
Point final de mon périple : le Château d’Anet.
Je me dégourdis un peu les jambes à la recherche d’un café sympa mais les gens attablés à la seule terasse qui fait face au chateau sont bien trop élégants pour me donner envie. Les endroits chics ne me font pas fuir en temps normal mais arrivé à ce stade de mon run je suis hirsute, transpirant, je sens fort l’huile et l’essence et je souris bêtement, les gens ne comprendraient pas. Il est donc temps de repartir vers Mantes-la-Jolie pour attraper l’A13 comme on attrape un rhume : sans grand plaisir.
Bilan de la journée, 4 heures au volant, de beaux paysages et l’assurance d’une chose : toujours écouter ses amis motards quand ils vous indiquent un coin sympa. A ce propos, la prochaine fois j’irai me perdre en Chevreuse, on m’a dit le plus grand bien des fameux 17 tournants.
Texte et photos : Maciej
























Les commentaires
La Roche-Guyon que visita aussi notre ami blenheim le pr Philipp Mortimer !
http://www.chateaudelarocheguyon.fr/heading/heading14522.html
Toute la magnificience d’un site peut être déshonorée par des citadins en mal de vert. Ces routes boisées, ces virages dans une descente panoramique ne sont pas faites pour voir passer des bolides polluants, troublant la nature riche et cachée (c’est un lieu touristique mais aussi une réserve naturelle par endroits), ne respectant pas la sécurité et la tranquilité des habitants de ces lieux. Vous avez passé, certainement, une belle journée, écarquillé les yeux par une beauté inconnue mais avez-vous pensé aux multiples dégâts que vous avez générés ? J’en doute … l’homme est bien trop indivualiste ! Personnellement, je ne viens pas vous déposer mon fumier sous vos fenêtres …
Article sympa;
mais y’a une grosse coquille :
“En un peu plus d’un an au volant de la 924 j’ai surtout passé du temps ¨[…] à rouler vite sans me préoccuper ni du paysage, ni de la qualité de la route.”
[924] et [rouler vite]
Au mieux c’est un paradoxisme, au pire une antilogie …
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