Vous avez surement déjà entendu parler du Glam Rock, ce courant musical qui traversa l’Angleterre du début des années 1970 comme la trainée étincelante d’une étoile filante. Looks extravagants, vêtements de scène scintillants, semelles compensées et garçons maquillés : pas de doutes, le glam en mettait plein la vue. D’accord, mais quid des oreilles ?

Il faut avouer que comme pour tous les sous-groupes du rock, le glam a donne naissance à beaucoup de singles furieusement godillants, mais de bien peu d’albums dignes de ce nom. Sur les doigts d’une main, on peut compter Electric Warrior de T-Rex, la production de David Bowie entre 1972 et 1974, et les touts premiers albums de Roxy Music.

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Le groupe qui fait ses débuts avec cet album éponyme est un curieux mélange. Brian Ferry, son leader, est un peintre et prof de céramique (dans une école de filles, évidement) qui après avoir échoué à devenir le nouveau chanteur de King Crimson s’acoquina avec le groupe qui lui trouva un contrat avec une maison de disque. Il fonde le groupe avec un ami bassiste, Graham Simpson. Les autres membres furent recruté par petites annonces : Andy Mackay au hautbois (oui, oui) et au saxo, qui amènera dans l’affaire son pote Brian Eno qui n’est pas musicien, mais qui semble avoir quelques dons pour la bidouille d’instruments électroniques ; Paul Thompson à la batterie ; et Phil Manzanera à la guitare.

Leur premier album sort en 1972. Disque d’avant-garde à l’époque, il reste aujourd’hui un OVNI musical, sans être inaccessible. Il renferme d’ailleurs quelques très belles mélodies, et autre morceaux des plus entrainants. La preuve plus bas.

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Avant de plonger dedans, il apparait évident de prendre quelques précautions. Vous allez voir des images d’hommes en chemise de strass et d’autres en maillots léopard. Vous allez voir beaucoup de garçons maquillés et des pantalons bien trop moulants. Et surtout, vous allez voir Brian Eno, l’une des créatures les plus étranges du milieu de la musique.

S’il était nécessaire de vous introduire en douceur à l’univers glam rock, je ne peux que vous conseiller de visionner d’abord l’excellent Velvet Goldmine – qui raconte la musique anglaise du début des années 1970 et l’avènement du glam au travers une reconstitution fictionnelle et fantasmée de la relation entre David Bowie et Iggy Pop. De nombreux morceaux de l’album Roxy Music sont utilisés pour la bande son (après que Bowie, ayant visionné le film, soit revenu sur son accord), dans leurs versions originales, ou sous formes de reprises.

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L’album s’ouvre avec l’étrange « Remake/Remodel » – pas la façon la plus simple de plonger dans l’univers de Roxy Music. C’est ici une cacophonie de saxophone, guitare et de sons bizarres provenant du synthétiseur de Brian Eno. Il faut aimer l’art rock pour accrocher, ce qui n’est pas forcement mon cas. Pour les amateurs de bagnoles, notez que le « CPL 593H » scandé à de nombreuses reprises est le numéro de la plaque d’immatriculation de la Mini Clubman de Ferry, réutilisé ici pour la voiture de l’héroïne des textes de la chanson…

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Avec « Ladytron » les choses redeviennent plus « normales » malgré un solo de hautbois en ouverture, accompagné d’un son crée par Eno évoquant un alunissage. Tout va bien. Il faudra aussi supporter le saxophone, mais il semble que l’utilisation d’instruments à vents les plus divers fasse partie intégrante du son spécial (et spatial) qui caractérise cet album. Au juste, vous aimez l’écho ?

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Après ce déluge de sonorité bizarres, « If There is Something » apparait presque comme un morceau de country classique. Si ce n’était la voix incroyable de Ferry et l’usage intensif du mellotron. Un petit moment de calme pour que les oreilles les plus conservatrices puissent apprécier que Roxy Music est aussi un bon groupe.

Virginia Plain est sans doute le morceau le plus connu de l’album, bien que ce single (le premier du groupe), enregistré plus tard n’est apparu que sur la version US. Je vous laisse regarder ce passage du groupe à Top Of The Pop en 1972 qui est à lui seul un résumé parfait du glam rock. Si ça ne vous plait pas, inutile d’aller plus loin.

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Puis vient la merveille de l’album « 2HB » (soit « To Humphrey Bogart », l’un des nombreux clins d’œil au cinéma de l’album). 4 minutes 30 de douce mélodie au piano électrique et au saxophone, et toujours la voix envoutante de Ferry.

La suite de l’album est plus arty, moins pop, jusqu’au bizarre « Bitters End » qui le clôture en beauté. Si vous avez tenu jusque là, une chose est sure, ce disque ne vous aura pas laissé indifférent. Ne reste plus qu’à vous plonger dans la suite de la discographie de Roxy Music, qui évoluera au grès des années vers un son moins expérimental (Eno quitte le groupe après le second album), plus centré sur le personnage de crooner de Brian Ferry, qui continuera ensuite à pousser la chansonnette en solo. Mais ça, c’est une autre histoire.