Une BMW c’est avant tout une mécanique noble dans une berline d’apparence assez ordinaire. Sauf quand c’est tout l’inverse. Le moment est venu de savoir si le changement a du bon.

Qu’est-ce que c’est ?

A 140000€, c’est la sportive hybride la moins chère du marché, puisqu’elle ne coûte qu’un cinquième du prix d’une 918 Spyder. C’est aussi la moins puissante, puisque le cumul de son trois cylindres thermique et de son moteur électrique atteint modestement 362 chevaux. Mais ces considérations sont triviales, puisque c’est surtout la seule sportive hybride que vous risquez réellement de posséder – pour le moment, du moins.

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Quelle histoire raconte-t-elle ?

S’il fallait résumer le chemin qu’a suivi l’automobile au cours des dix dernières années, l’i8 ferait figure de cas d’école. Tout y est : l’hybridation bien entendu, mais aussi une structure légère en matériaux composites et une aéro dernier cri. Bien sûr, considérées indépendamment, ces technologies ont quelques années. Ce qui est inédit en revanche, c’est de faire tenir la promesse du plaisir au volant sur cet assemblage, sans que cela ne coûte un million d’euros.

Plus encore que l’évolution de l’objet, l’i8 nous fait prendre conscience de notre propre évolution. Il n’y a pas si longtemps, l’idée même d’une sportive hybride nous aurait demandé de lutter contre nos a priori. Et voila qu’aujourd’hui, cette BMW apparaît aussi désirable qu’une Prius a pu nous sembler repoussante. Le travail d’acceptation semble avoir fonctionné plus rapidement que prévu

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A quoi ressemble-t-elle ?

Regard plissé, au ras du sol, sur une calandre biseautée : au premier coup d’oeil elle semble vouloir établir une continuité avec une M1 ou encore une série 8. Cette filiation apparaît d’autant plus juste que, comme pour ses aînées, tout a été fait pour la distinguer du reste la gamme. D’ailleurs, que ce soit les portes en élytre ou les haubans flottants, elle en fait des caisses pour sortir du lot. Pour autant, l’ensemble ne saurait être qualifié d’outrancier. Tout au plus peut-on reprocher à l’arrière une certaine complexité qui contraste avec la grande lisibilité du trait observable par ailleurs.

Disons-le, l’allure de l’i8 est spectaculaire. Pas simplement par sa capacité à générer l’attention comme le ferait une supercar, mais aussi – et c’est plus gratifiant – par la manière dont elle suscite la curiosité. Il n’y a guère qu’un concept fraîchement évadé d’un salon qui pourrait produire le même effet… Ce qui – si l’on se remémore la Vision Efficient Dynamics – n’est pas loin d’être le cas.

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Comment se sent-on à bord ?

L’extravagance s’efface rapidement une fois installé à l’intérieur, si bien que quiconque ayant conduit une BMW ses dix dernières années y trouvera tous ses repères. L’habitacle est d’une ergonomie instinctive, sans fioritures particulières, mais sait tout de même faire preuve d’originalité. A ce titre, le dessin de la planche de bord mérite une mention spéciale pour avoir réussi à donner – avec élégance – une impression d’espace appréciable. Ajoutez à cela les importantes surfaces vitrées, et l’horizon apparait soudain très dégagé. De quoi nous changer des sportives actuelles et de leurs intérieurs engoncés : l’i8 fait profiter du panorama, presque comme un véhicule des années 80.

Comme l’on pouvait s’y attendre, quelques minutes à bord suffisent pour s’y sentir comme chez soi. Simple, accueillant et bien pensé, l’habitacle tient plus de l’art danois du hygge que de l’austérité à laquelle sont associées les productions germaniques.

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Comment se conduit-elle ?

Les premiers tours de roue sont déconcertants : voire une telle silhouette se déplacer en silence est finalement tout aussi impressionnant que si cela s’était fait avec la sonorité d’un V8. A bord, mis à part le calme, tout est étrangement normal. Même la mise en route du moteur thermique, aux alentours de 50 km/h, se fait dans la plus grande discrétion. Du moins est-ce vrai tant que le sélecteur maintient la configuration sur “confort”. Un coup à gauche enclenche le mode “sport”, ce qui met également en branle tout l’appareillage acoustique pour que le trois cylindres turbo puisse donner de la voix. Personne n’est dupe, mais le résultat a le mérite d’être plus convaincant que les vocalises de Cher sur Autotune.

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Dès les premières attaques, la démonstration des capacités de la structure en carbone est faite : l’i8 se comporte comme une vraie sportive. Incisive, la voiture est surtout d’une rigidité structurelle absolue, si bien qu’elle passe en courbe à des allures où le seuil habituel de la mauvaise idée est déjà largement franchi. À la réflexion, il est assez vraisemblable que le châssis puisse, sans grande difficulté, supporter une motorisation nettement accrue. Mais le choix d’une puissance modérée confère à l’ensemble une agilité parfaite, qui lève toutes les appréhensions du conducteur ordinaire que je suis.

Sur départementales rapides, le ressenti qui domine est bien celui d’une incroyable facilité. Et cela se confirme dans la gestion de la chaîne de traction : j’ai beau savoir que la répartition entre puissance thermique (à l’arrière) et électrique (à l’avant) évolue, l’ensemble fonctionne de manière harmonieuse pour créer l’illusion d’une voiture conventionnelle. Aucune latence perceptible, tout au plus quelques indices que l’auto travaille à votre place, qu’une bonne prise en main aura tôt fait de gommer.

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Tout cela est un peu surprenant car, de prime abord, la performance pure n’est pas le registre d’un véhicule aux aspirations éco-responsables. Rassurez-vous, une nouvelle pichenette sur le sélecteur si tôt que le rythme baisse, et la baby-supercar redevient une bicyclette électrique. Au bout d’une journée, appuyer ainsi sur “mute” à l’approche d’un village est devenu une habitude qui risque de me manquer autant que les accélérations instantanées dont elle est capable. Vous l’aurez compris, cette BMW offre bien mieux qu’un compromis en concrétisant ce vieux fantasme : celui d’avoir deux voitures en une.

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Est-elle Blenheim ?

Cela fait douze ans que l’on fait ici de la place à toutes sortes d’automobiles pour peu qu’elles proposent quelque chose d’unique. Et justement, la BMW i8 est à la fois hors du commun et parfaitement utilisable. Sa philosophie n’est d’ailleurs pas sans rappeler une Honda NSX, dont le dosage des performances, du style et de la technologie représente toujours – 25 ans après son lancement – un modèle du genre. Cette dernière n’était pas un choix évident à l’époque, pas plus que l’i8 ne l’est aujourd’hui. Pourtant, cette BMW incarne à nos yeux la sportscar la plus intéressante du moment, parce qu’elle sait faire tout ce qu’on en attend (et même plus), mais aussi parce qu’elle nous amène à nous poser de nouvelles questions. Comme de savoir si le chuintement d’un moteur électrique à la décélération, n’est pas – après tout – aussi divertissant que le sifflement d’une wastegate.