Pour fouler de ses roues le plus haut sommet d’Espagne, il faut oublier les si proches Pyrénées et abandonner sa voiture pour un périple en avion en direction de l’Atlantique. Les 3 718 m du Mont Teide vous y attendent, face au Maroc. Bienvenue aux Canaries !
Oubliez l’image des charters dégoulinant une permanente cargaison de retraités, prêts à s’entasser dans des barres bétonnées placées face à des plages souillées par l’huile suintant des baraques à fritte. Certes, cela existe dans quelque rare coin de l’île, mais les Canaries offrent surtout des paysages volcaniques à couper le souffle, et chaque route de l’archipel vaut à elle seule le voyage. Aujourd’hui nous partons à l’exploration de la plus grande d’entre elle : Tenerife.
La route
Notre ascension commence au niveau de la mer, ou presque : à El Tablado, au milieu de la côte sud-est de l’île, que vous rejoindrez par l’Autoroute TF-1 qui longe le littoral. De là, direction les terres via la TF-617, puis Guimar par la TF-28, parallèle à l’autoroute. Le route est plaisante (la ligne droite est une donnée très floue sur l’ensemble de l’île, et comme partout en Espagne, l’enrobé semble neuf), avec une belle vue sur la mer, alors que les villages se suivent les uns après les autres.
À Guimar, direction plein nord par la TF-523 pour prendre de l’altitude et commencer la longue ascension de la « montagne » qui occupe le centre de Tenerife. Les maisons disparaissent alors que la route monte, et la végétation éparse du bord de mer se transforme en une forêt dense et humide. En 20 km vous atteindrez la TF-24 qui traverse l’île par son axe médian. À ce stade, il est plus que probable que la météo ait décidé de radicalement changer, le beau temps de la côte et son soleil radieux laissant place à un brouillard impénétrable, lourdement chargé d’eau. On comprend mieux les conditions qui ont entraîné le plus grave accident de l’histoire de l’aviation, sur l’aéroport de Los Rodeos distant d’à peine quelques dizaines de kilomètres.
Vous voici maintenant à 2 300 m d’altitude, et si l’envie vous en dit, vous pouvez monter encore jusqu’à 2 400 m pour jeter un œil à l’observatoire de Tenerife. Peine perdue pour nous : la visibilité dans la brume est quasi nulle.
Redescendez alors pour emprunter la TF-21 et pénétrer dans un magnifique site géologique : la Caldera de Las Cañadas, immense amphithéâtre d’une vingtaine de kilomètre de long, vestige du cratère d’un ancien volcan ayant explosé il y a de ça 150 000 ans. Cette immense cuvette située à environ 2 000 m au dessus du niveau de la mer est délimitée au sud par des parois rocheuses culminant à 2 700 m et au Nord par les 3 718 du Mt. Teide, le volcan « actuel ». La dernière éruption date de 1909, et on lui promet un réveil explosif dans les décennies à venir…
Ici les mouvements constants du sol ont fortement dégradé la route, qui parfois est semblable à de la tôle ondulée. Les cars de touristes sont fréquents, alors il n’est pas forcement question de vitesse. Qu’importe : le paysage est absolument dantesque, et la traversée de la Caldera, cet océan désertique au pied de titans de roches, sera un moment gravé à jamais dans votre mémoire.
L’arrêt pour monter au sommet par le téléphérique est un passage obligé. Là haut, la vue à 360° vous donnera le tournis, à moins que ce soit le manque d’oxygène combiné aux dégagements de souffre… En continuant sur la route, vous observerez de curieux arbres de pierre : seuls vestiges d’anciens cône interruptifs : seule la lave solidifiée de la cheminée et de ses ramifications sont restés intact après que le reste de ces petits volcans ont été depuis longtemps rasés par l’érosion.
Avant de quitter les lieux, il faut bifurquer pour quelques kilomètres sur la TF-38. Ici on traverse un champ de lave noire, datant du IX e siècle. La route est dans un piteux état, mais qu’importe : c’est comme rouler sur la Lune… De là il est possible de continuer tout droit pour rejoindre la mer dans une longe descente, ou revenir sur la TF-21 pour glisser sur les interminables virolos d’un large et parfait asphalte vers San Miguel. Plus de trace d’activité volcanique passée ici, mais cela reste tout de même grandiose.
Comment vous y rendre ?
Par avion, ce qui est loin d’être simple hors saison, en l’absence de liaison directe depuis la France. Escale à Madrid obligatoire.
Une fois sur place prenez le temps d’explorer l’île, car chacune de ses routes (à l’exception peut-être de la côte entre l’aéroport de Tenerife Sud et Candelaria valent le voyage, et il ne faut guère plus de 2 à 3 jours pour explorer le gros de Tenerife, selon votre appétit pour les kilomètres et le temps alloué aux visites.
Quelques suggestions :
– La pointe nord, très sauvage (photo ci-dessus), par les TF-11, 12 et 13. Le port de Santa Cruz de Tenerife vaut le coup d’œil, plus loin c’est la jungle. Un col à passer et vous voila sur le versant nord, bien plus violent. N’hésitez pas à quitter la route principale pour aller au plus près des petits villages de pécheurs sur une des spectaculaires routes n impasse qui les desservent. En rejoignant Puerto de la Cruz, vous aurez l’impression d’avoir voyagé jusqu’en Amérique Centrale.
– Pour une ambiance du bout du monde, la pointe nord-ouest. Quittez Buenavista par la TF-445, une route à flanc de falaise, un tunnel creusé à même la roche à emprunter « à ses risques et périls », un champ d’éolienne, puis une autre planète… La Punta de Teno. Une petite pointe au bout d’une plaine isolée, entourée par la mer. Deux phares, du vent, personne à des kilomètres. Incroyable.
– Toutes les autres routes. La variété des paysages que peut offrir une si petite île est à peine croyable.
La voiture parfaite…
Sera celle que vous pourrez louer sur place. Peu importe !
