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Etats-Unis, début des années 60. Regroupés au sein de l’AMA, les principaux constructeurs US ont renoncé depuis la fin des années 50 à un engagement direct en compétition. Leur engagement en course se fait dès lors par des teams privés, bénéficiant d’un support usine plus ou moins discret. Dans les courses nationales SCCA, ils font face à une armada de sportives européennes, notamment la 250 GTO, mais la concurrence fait également rage entre eux, et notamment entre Ford et GM avec sa Corvette.

Pour la saison 1963, GM fonde de grands espoirs sur sa nouvelle Sting Ray, avec sa suspension arrière indépendante et une motorisation en hausse, mais cette même année verra également les débuts fracassants en course d’une nouvelle venue, la Cobra 289 qui s’annonce rapidement, avec la GTO, comme une des grandes dominatrices de la saison. Bill Thomas, propriétaire de Bill Thomas Race Cars, team manager et préparateur réputé, se rend vite compte que la Cobra ne fera qu’une bouchée des Corvette. Il propose dès lors à GM de concevoir une arme anti Cobra, la Cheetah. Son objectif personnel est également de présenter à GM un exercice de style susceptible de lui amener par la suite des contrats de sous-traitance.

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Le projet présenté à la direction de GM est alléchant et pousse cette dernière à soutenir financièrement le projet, selon des modalités assez floues, le financement étant officiellement assuré par un concessionnaire Chevrolet californien et des investisseurs privés. Partant d’une feuille blanche, Bill Thomas et Don Edmunds conçoivent leur prototype, en utilisant au mieux le catalogue de pièces Chevy, le but avoué étant la production rapide des 100 exemplaires requis pour l’homologation en GT, la catégorie d’engagement des Cobra.

Bill Thomas pousse à l’extrême le concept propulsion à moteur avant. Ce dernier est monté dans un châssis multitubulaires en chromoly, pratiquement en position centrale. La Cheetah utilise des tambours compétition de Corvette Z06, le différentiel et la suspension indépendante proviennent également de la Sting Ray. Il prévoit une boite Muncie MC 21 à quatre rapports, directement accolée au différentiel, sans arbre de transmission ! Le moteur quant à lui, un small bloc Chevy de 377 ci, voit son injection Rochester modifiée par les soins de Bill Thomas, et produit 520 cv en stage 3. L’empattement est de 90 inches pour un poids approximatif de 1600 ibs, soit approx. 750 kg, avec une répartition av/ar de 45/55. La carrosserie – non porteuse – est réalisée en aluminium sur les deux premiers protos. Les 9 autres exemplaires produits auront une carrosserie en fibre de verre, afin d’accélérer et rationnaliser la mise en production et l’homologation du modèle.

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Le premier exemplaire de la Cheetah est envoyé en octobre 1963 pour évaluation au GM’s Tech Center, où Zora Arkus-Duntov (Mr Corvette) dirigea les tests routiers. Les premiers résultats sont encourageants, avec notamment une accélération latérale enregistrée de 1.18 g, la plus importante alors enregistrée pour une propulsion à moteur avant, une excellente vitesse de pointe et un freinage performant, reposant sur des freins conçus pour une Corvette pesant près du double). Le design est sans concession et le rapport poids puissance spectaculaire (520 cv pour 750 kg, soit un avantage sur le papier de 150 cv et de 200 kg sur la cobra 289).

En juillet 1963, Bill Thomas teste plusieurs pilotes susceptibles de piloter la Cheetah en course, dont Bob Bondurant, Billy Cantrelle et Jerry Titus. Ce dernier est finalement choisi en vue des débuts en course, prévus pour le Los Angeles Times Grand Prix, à Riverside. Un crash lors de tests précédent la course empêche ces débuts, qui furent reportés à la saison 1964.

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Les essais en course mettent cependant en avant des défauts de jeunesse, et notamment des problèmes de ventilation et, plus grave, de rigidité structurelle. Le manque de triangulation du chassis occasionne en charge de brusques changements de géométrie, rendant la Cheetah très pointue à piloter en sorties de courbes. Des différences de pression entraînent au surplus des ouvertures de portes inopinées, parfois à plus de 200 mph (Daytona 1964) et la chaleur dans l’habitacle est telle qu’elle amène Ralph Sayler, le pilote de la Cro-Sal Special, à découper le toit de sa Cheetah, créant ainsi l’unique Cheetah roadster.

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Compte tenu du retard pris, l’homologation pour la saison 64 n’est plus envisageable et la Cheetah fait ses débuts en course SCCA, dans la catégorie C-Sport/Modified, opposée non pas aux Cobra, mais aux redoutables Chaparal, Lola, McLarens et autres Cooper, une concurrence très difficile. Cette saison 1964 voit cependant les Cheetah établir de nombreux records sur les circuits nationaux, aux mains de Jerry Titus, Jerry et Allan Grant et s’imposer dans 11 courses. A Daytona, certaines Cheetah auraient ainsi atteint 215 mph en ligne droite. À ces succès sur circuits se rajoutent de bons résultats sur les pistes de drags, où la Cheetah réalise des temps inférieurs aux 427 Cobra.

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L’avenir apparait donc serein pour Bill Thomas et sa création lorsque Chevrolet annonce son retrait complet de la compétition pour 1965. Sans le support financier nécessaire au développement de la Cheetah et à son homologation, l’objectif de Thomas d’affronter les Cobra en catégorie GT devient inaccessible. La Cheetah, encore en cours de développement, est maintenue dès lors en catégorie sport, luttant sans espoirs de victoire contre les nouvelles autos qui y sont engagées.

Peu de temps après, en Septembre 1965, un incendie détruit les locaux de production, les derniers voitures construites, scellant le sort commercial de Cheetah, avant sa renaissance, en 2006 (à voir dans une seconde partie). Avec le support de Chevrolet, et vue leur potentiel, les Cheetah auraient sans doute donné du fil à retordre aux Cobra et coupés Daytona. L’histoire en a décidé autrement et les Cheetah font partie de ces voitures d’exception qui auraient pu marquer l’histoire de la course, au même titre peut-être que les Bocar et autres productions confidentielles US.

Voir également l’excellent article paru dans Hot Rod magazine, en mars 1964.

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Les exemplaires recensés

source

Au final, 11 Cheetah (certains font état de 16, voire de 23) sont sorties des ateliers de Bill Thomas, dont les deux pré-séries en aluminium. La plupart ont été engagées en compétition ou en courses de drags.

1 : Rouge, carrosserie aluminium. Achetée par Chevrolet.

2 : Rouge, carrosserie aluminium. Achetée par Chevrolet. Détruite, puis reconstruite avec une carrosserie en fibre de verre (voir voiture n°15).

3 : Bleu. Vendue à Ralph Salyer – devenue Cro-Sal Spacial – pour la course de Daytona 1964. Modifiée en roadster.

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4: Rouge. Vendue à Bud Clusserath

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5 : Jaune. Bardahl. Détruite à Daytona en 1964 par Jerry Grant.

6 : Rouge. Bardahl /Alan Green Chevrolet. Voiture achetée poure courir sur la Côte Ouest et en USRRC.

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7 : Verte, version de route. Alan Green Chevrolet – Green Street Car. La femme d’Alan Green l’a utilisée occasionellement pour des courses de drags.

8 : Bleu, version de route. Tom Fredckin(Mike & Shari Musia). Convertie en voiture de course par Skip Gunnell, pour les épreuvres historiques.

9 : Argentée, version de route. Jack Goodman. Convertie en voiture de course par Clarance Dixon Cadillac.

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10 : Rouge. Don Greib. Pilotée en courses de drags, parfois mentionnée comme voiture de drags d’usine. Détruite lors de l’incendie de la boutique de Bill Thomas.

11 : Super Cheetah (65 Cheetah), inachevée. Détruite lors d’un incendie.

13 : Châssis nu, voiture non terminée.

14 : Châssis nu, voiture non terminée.

15 : Voiture n°1, recarossée en fibre de verre. Blanche. Détruite à Riverside en 1964

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16 : Voiture n°2 recarrossée en fibre de verre. Bleu. Jerry Entin

texte : Christophe Germain