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Je crois que la pire tare pour un passionné de voitures est d’être influençable. Dynamiques de groupe épouvantables, exemples déplorables, tentations multiples finissent par vous pousser à faire des choses peu raisonnables, de moins en moins raisonnables, de plus en plus souvent.

Or, au niveau de la dynamique de groupe, la situation courant 90’s était…disons…on ne pleut plus festive, et la couillonnade se concevait à flux tendu, comme j’ai pu vous le conter dans les précédents épisodes.

Question exemples foireux à ne pas suivre et mauvaises influences, les évènements ne manquaient pas pour semer dans l’esprit malade la petite graine qui finirait après maturation plus ou moins longue par donner naissance à une couillonnade de gabarit industriel.

En l’occurrence il s’agissait du mythique rallye Monte-Carlo 1993.

Le plan ? Départ de Nice vers 5h du mat’, 5h15 : on embouque vallée de la Vésubie, 5h20 : on avise du moindre concurrent potentiel sur la dite route, 5h21 on le gratte séance tenante, 6h00 : on se gare à la Bollène, 7h00 : on se poste dans le dernier lacet avant le village, le tout pour assister à l’ultime et légendaire spéciale du Monte Carlo.
Bref, pour paraphraser Hannibal Smith, un plan sans accrocs, soigneusement minuté par des branques, pardon, des professionnels.

La chance nous sourit dés le début du trajet : je suis au volant de ma corsa, à l’affut, quand, au détour de Lantosque, avant même que mon copilote n’ait eu à prononcer son fameux « mince, y a personne à gratter », se présente un candidat.

Une jolie « 1 litre 9 » blanche, dont le conducteur avoine plutôt correctement malgré la chaussée trempée. On lui tombe dessus comme la misère sur le pauvre monde, on le suit un moment, puis je prends judicieusement à contresens au carrefour en bas de la Bollène, face à l’auberge « mieux vaut boire ici qu’en face », négociant le virage au « câble », je prends l’avantage mais le bougre ne lâche pas l’affaire dans les lacets étroits qui mènent au village. Frein à main sur frein à main, on prend de l’avance, et la 205 finit par tirer tout droit et lâcher prise dans la courbe de l’ancien grand hôtel.
« J’adore qu’un plan se déroule sans accroc » aurait dit Hannibal Smith…enfin… faudra tout de même dire à Barracuda de penser à remplacer au retour les deux ou trois litres de glycol évacués pendant l’action (sur le pare brise) par le circuit de refroidissement souffreteux de l’Opel. Peccadille, nous voilà arrivés, l’ambiance au village est à la fête comme le voulait naguère la tradition du rallye.

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Quelques parts de pissaladière plus tard, on est postés pour le spectacle. Auriol, notre flamboyant favori, est en train de renvoyer le trop Prétentieux Delecour à l’auto école, à l’issue d’une nuit devenue mythique. Mais surtout nous remarquons qu’après les débuts timides de l’année précédente, Nissan a mis le paquet avec sa Sunny GTI R, elles sont venues en force, y compris en groupe N, ou les privés les plus riches l’ont adoptée pour remplacer l’habituelle Lancia.

La matinée passe, on redescend à pied par le parcours de liaison, avec deux amis, lorsque résonne l’habituel « voituuuuure », le « timber » des fans de rallye. Une de ces Sunny arrive en crabe, plein gaz, gerbes énormes d’étincelles sous l’avant droit, car le demi train à moitié arraché (et ce qui reste de la jante) sont repliés sous l’auto. Il essaie de rejoindre l’assistance pour réparer, il loupe une courbe, et je ne dois la vie qu’à ma capacité à grimper comme une chèvre dans le talus (j’étais jeune, j’étais beau, j’étais mince). L’instant d’après, on aide le pilote à remettre l’auto en route, mais mon ami « le gros » semble choqué. Le mal est fait.

Symptôme certain de la maladie, il remarque plus tard à l’assistance que les nissan ont une jauge à essence VDO dans la vitre de custode coté droit, au dessus de la goulotte de remplissage…Et dés le lendemain il orne sa Supercinq GT turbo, épuisée, du même accessoire, amusant car la jauge du tableau de bord ne marchait plus et donc le seul moyen de connaitre le niveau de benzina était de faire le tour de la bagnole et regarder à travers la vitre de custode.

Quelques mois passent. Le GT turbo est vendu. Un exploit d’ailleurs si l’on considère que le compteur avait été reculé une première fois de 140.000km à 70.000km par l’ami qui avait vendu l’auto au gros, et que celui-ci à son tour pour le revendre fit passer le compteur de 120.000 à 80.000. Votre serviteur, et son outillage horloger, étant l’invariable préposé à ces actes ou son doigté faisait merveille, lui valant une réputation transnationale (c’est-à-dire jusqu’au-delà de l’aéroport de Nice dans un sens voire jusqu’à menton dans l’autre sens)Ironiquement j’étais donc le seul à connaitre le vrai kilométrage des autos du  commando, un secret bien gardé !

GT turbo vendu, donc, et curieusement, mon ami clame à ce moment là qu’il veut se guérir, qu’il en a assez des autos qui font fuir les gonzesses…Bref il veut se racheter une conduite…Et nous voilà chez Fiat à cannes.

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Il est longtemps resté prostré, à la grande confusion du vendeur, à l’intérieur de l’auto, probablement écrasé par l’ampleur de la décision à prendre : pour des gars comme ça, acheter une Punto 1.6 cabriolet (coiffeur dites vous ?), ça n’a rien d’anodin. Je lui fais d’ailleurs remarquer, avec mon habituelle finesse, que c’est contre nature, qu’il va prendre des coups de soleil, que le cabriolet c’est pour les tantes ou les touristes…Rien n’y fait il signe le chèque et emporte donc une jolie Punto cabriolet noire capote beige. Spectacle amusant de voir cette masse de 115 kilos / crâne rasé se mettre au volant de cette voiture de manège.

Pendant 6 mois nous nous sommes pris au jeu : les filles adoraient cette voiture, plus pratique et conviviale qu’un monospace, puisque un soir nous avons réussi à faire embarquer (puis ramener chez elles) 5 norvégiennes sans même avoir à ouvrir les portières (au passage je signale aimablement à ceux qui pourraient y être confrontés que la vodka de Norvège ne se boit pas comme du Johnny Walker petit lait)

Et puis tout capota : ce soir là, tard, je m’échappe en douce de chez mon ex (à laquelle j’avais par faiblesse promis de dormir à la maison) pour aller faire la fête dans le vieux Nice. Le gros est venu me chercher, on descend les lacets du boulevard du Mont Boron, et là il s’énerve, arrachant presque le frein à main de la pauvre Fiat à chaque virage, les pneus hurlent, l’auto valdingue de tous les cotés, ce type est gaga, j’ai peur…et on finit par s’arrêter en travers dans un nuage malodorant de Pirelli.

Là, les yeux injectés de sang, il me dit, me hurle plutôt : « j’en peux plus de cette poubelle, je veux une voiture de raaaaaallye !!! »

La Fiat est rapidement vendue (en 6 mois elle a pris 10 ans) et il m’annonce que ce qu’il veut c’est une groupe A, avec un turbo, parce que le turbo c’est bien, là-dessus il me prend à témoin « d’ailleurs t’en as un toi aussi » (je viens d’acheter un Punto GT) et puis il termine sur un argument imparable qui à le don d’étouffer le débat et d’emporter l’adhésion de l’assemblée (déjà passablement éméchée) réunie ce soir là au pub « Big ben » : « Si je veux des flammes à l’échappement, obligé il me faut un turbo…et je VEUX des flammes. » (NDLR : ce qui prouve a posteriori que tous les français n’utilisent pas des critères de choix type « 60 millions de consommateur » pour acheter leur auto)

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Après- midi d’été.
Pour une fois (ma responsable, jeune cadre dynamique cocaïnée n’étant pas là) je rêvasse au bureau, tripotant contant un peu fleurette à mon assistante, la belle Sophie, sa blondeur, ses attributs, qui lui permettront de ne jamais se noyer… Envisageant aussi les excès auxquels on se livrerait ce soir si je me décidais enfin à arbitrer entre elle et Martine, la jolie standardiste (qui elle non plus, vu son équipement de survie, ne se noiera jamais)… La clim est en panne, tout est calme…et l’entreprise de pub qui m’emploie (enfin, c’est un grand mot) est sise au bout de la zone industrielle de Carros : la pampa, à 30 bornes de Nice.
Sonnerie du téléphone : zut, quel emmerdeur brise ma tranquillité ?

« Allo c’est moi ! » tiens il avait disparu ‘çui là ?!
« Ah ben t’es pas mort, on surveillait la rubrique nécrologique dans le journal et on t’a pas vu »
« T’es au bureau ? »
« Non non, je fais un tennis, connard ! »
« Sors à la fenêtre ! Vite ! »
…Tut..Tut…il me raccroche au nez !

Trainant mes Tod’s jusqu’à la baie vitrée, j’aperçois le gros, dans le parking, fièrement campé à coté d’une… ? Une ? Ce capot gonflé /perforé, cette table de camping sur le hayon, ah tiens une Nissan Sunny GTI R, et blanche en plus ! Bah…pourquoi pas ! La bougre vient donc d’acheter (65.000 francs si mes souvenirs sont exacts) une jolie (il faut l’avouer) GTI R, en Savoie, et d’une traite il vient d’avaler les 400 bornes du retour.

On ouvre le capot et c’est assez réjouissant : un énorme échangeur air-air surplombe la culasse émaillée en rouge et la magnifique et inhabituelle rampe de 4 papillons, il y a une ligne inox et un sèche- cheveux de sexe masculin qui lui, dieu le bénisse, ne verra jamais un coiffeur de prés. Habitacle : beaux baquets, 3 manos sur la console…finalement elle a une bonne tête cette caisse : je me glisse au volant, pressé de découvrir la plus énigmatique des groupe A de route de l époque. Au bout de 3 tours de parking fumants je suis mi figue mi raisin : le moteur a une sonorité métallique sublime, l’échappement ronfle bien, mais il y a un hic, pas mal de chevaux doivent être dépensés à faire du bruit parce que là, clairement, ils ne sont pas 220 à entrainer les roues ! Enfin, il fait très chaud et on jugera de cela une fois les réglages peaufinés par nos soins, avec l’air plus frais du soir.

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Il est déjà prés de 17 heures…j’abandonne mon bureau (et la belle So-So) pour faire le « chemin » du retour avec mon ami : on quitte le parking pour prendre l’immense ligne droite qui borde le fleuve jusqu’au pont, le long de la zone industrielle. Je suis à bord de ma Fiat. L’huile est à peine chaude que nous voilà sur la N202, qui descend vers Nice, longue 2×2 voies bordées de nos jolis platanes, et pas encore malade de leurs jolis radars.

Il est de bon ton de paramétrer la vitesse de pointe sur le parcours « pont de la manda – carrefour » et de s’y chronométrer même. On est à deux de front, la voie de gauche se dégage, le 1er qui réussi à l’embouquer prend l’avantage, 5eme 4eme, flambée d’échappement dans le retro, je soude, Ooooverboost ! Le mano « autometer » vissé sur le montant gauche du pare brise de ma fiat voit son aiguille orange gicler brièvement vers les 2 bars puis se stabiliser sur un joli 1.6 bar : la Fiat est « ameliorata », un avion ! Nom de dieu, ça souffle !

Alors j’ai instantanément laissé la Nissan sur place, mais très vite il revient : on est déjà vers 180, sur la voie de gauche, atomisant les trainards de celle de droite. À la hauteur du toboggan pour entrer à carrefour, il me recolle, j’entends le hurlement énorme du 2 litres japonais derrière moi, je suis à fond : 190, 200, 210, freinage à l’usine EDF, ralentissement au loin pour prendre l’entrée de l’autoroute A8 ! Il n’a pas réussi à me doubler mais clairement, si je décolle bien plus brutalement en reprise, il a tout de même plus d’allonge que moi ! On se calme, on entre sur l’ A8 et voilà le péage de Saint Isidore qui commande une immense montée en 4 puis 3 puis 2 voies : en haut, à l’entrée du tunnel, il n’y aura pas de place pour tout le monde!

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Le but du jeu quand on arrive par la bretelle à cet endroit est de couper le flux des autos qui arrivent pour prendre la trajectoire à la corde contre le muret prendre la file de gauche. Et là c’est la guerre, avec un danger, être aperçu par une auto de la gendarmerie : la dernière fois, mon accélération fut disons…abrégée par une 405 turbo 16 bleue. J’étais en phase « d’accélération » lorsque je les aperçus dans mon rétroviseur, qui peinaient à me rattraper : j’ai levé le pied me suis rabattu, l’air dégagé, ils sont venus à ma hauteur, et le passager, en uniforme m’a regardé rigolard, faisant un geste avec la main du genre « tu l’as échappé belle pour cette fois …» A ma grande surprise ils ré-accélèrent à fond comme pour me narguer et disparaissent : ouf, pour une fois ils avaient de l’humour …Une pointe de regret : j’aurais pu les pourrir, avec leur minable 405 T16 !

Mais revenons au présent :

J’ai encore une fois pris l’avantage au décollage, comme souvent, et je tente de dégager (comme souvent) la file de gauche à coup de plein phares. Je suis à fond, à mi montée déjà un bon 180 sans doute, mais mon adversaire a semble t’il oublié de jouer selon les règles du marquis de Queensburry, pour adopter celles du quartier Saint Roch : il n’est plus dans le rétro, mais sur la file la plus à droite, 2 roues sur la BAU, en train de prendre l’avantage dans un hurlement hallucinant…LE FOURBE !!!

La quiche des utilisateurs de l’A8 remontés par la gauche et la droite …Inoubliable !
Mais maintenant il y a le tunnel, dont l’entrée est en courbe, sur 2 voies seulement : pour négocier ça il faut de la subtilité : Je vise, je soude. Banco, la Nissan est restée bloquée par un trainard, je ne le vois plus ! A cet endroit là l’autoroute est une succession de tunnels et de viaducs suspendus, le tout affreusement tortueux : j’ai ma chance si les lignes droites ne sont pas trop longues, d’autant qu’avec mes meilleures reprises j’ai l’avantage pour doubler les attardés les autres usagers !

Les dix minutes suivantes on zigzague entre les autos, inoubliables passages de tunnels, les décibels raisonnent, on se double on se croise on se redouble, en formation serrée, le tout ponctué de flambées d’échappement (ah le turbo ! Il voulait des flammes, il est servi !) et secoué par les détonations typiques des punto GT préparés, balistiques : BANG ! BANG ! Et RE BANG ! Souvenirs que j’aurais du mal à oublier…Des arrêts sur images de cette poursuite sont ancrés dans mon esprit : le cul de la GTI-R qui me double par la droite, le bruit invraisemblable, la flamme de l’échappement… La tronche de mon ami dans le rétroviseur, collant la Nissan dans mon aspiration… Enfin c’est fait, on l’a fait, on a ressenti ces sensations, vécu ce moment, ces souvenirs qui nous restent sont un capital précieux…

On s’est séparés à la sortie Nice Est, petit signe de la main, ni vainqueur ni vaincu, pression d’huile « sottozéro », mais quelle rigolade !

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48 heures après, nous sommes vendredi, en début d’après midi (on ne travaille pas) : le moment ou l’on se réunit tous au lieu dit « la cour des miracles » au pied de la corniche (en fait c’est le garage familial des solo, de père en fils)

Premier rituel quand on achète une auto : Pour certains mettre des tapis de sol, pour d’autres un arbre magique…

…Nous, nous sommes allés chez « Nice – roulements » acheter le traditionnel manomètre industriel à fond blanc, de 10 cms de diamètre, que l’on remplit de glycerine (pour une mesure de pression plus fiable) et que l’on visse sur le montant gauche du pare brise : à la grande époque, chaque gt turbo , 75 turbo ou sierra cosworth se devait de l’arborer ! D’origine la Gti-R a un petit manomètre sur la console, peu lisible et électrique. Or pour ce que l’on va faire, il nous faut du matériel plus fiable, plus lisible.
On déroule la durite capillaire en silicone (rouge !) du capteur/relais du manomètre d’origine jusqu’au nôtre, et le tour est joué.

Ensuite, direction « aquarium 06 », pour acheter le robinet inox d’oxygénateur pour les aquariums de poissons d’eau de mer (celui pour poisson d’eau douce est sous-dimensionné). Repérage du poumon de wastegate, on coupe sa durite, on installe le dit robinet d’aquarium, on rebranche, on va tourner sur la corniche.

Dans la fausse plaine, sous l’observatoire, fond de 3… 900 grammes en constant : voilà pourquoi cette charrette n’avance pas (enfin tout est relatif) ! Arrivés aux « 4 chemins » on se gare, j’ouvre le capot, une pichenette sur le robinet, on repart, 1.1 kilo : c’est déjà plus viril !

Tout l’art réside dans le réglage : il faut augmenter la pression, mais sans dépasser le moment ou la gestion électronique (qui s’adapte à la pression majorée) va arriver au maximum de la cartographie de richesse. Si vous dépassez, vous ajoutez de la pression, mais plus de l’essence : trop pauvre, ça chauffe, ça casse. Autre subtilité, il faut se cantonner à une pression à laquelle l’accélérateur et le moteur gardent une certaine progressivité. Au-delà d’un point limite, c’est du ON-OFF assez désagréable (règle vite oubliée par les plus enthousiastes).

Après quelques minutes à chanter « tourne le bouton, le bouton tout rond… et it’ chantera des chansons », on finit par s’accorder sur 1.2 bar constant… Mais je devine qu’il est déçu, et voulait plus : pour cela il faudra une injection d’eau sur l’échangeur, comme sur mon punto GT (j’ai détourné de sa fonction le circuit des laves phares, qui vaporise maintenant l’eau sur l’intercooler, à la demande, et non plus sur les phares). Au col d’èze, il change d’avis (l’homme de la pampa est impulsif), re-capot ouvert, re- réglage, on repart, l’aiguille gicle vers 1.6 bar, le bruit du moteur est devenu plus aigu : on tourne donc pauvre, trop pauvre : pas le temps de le lui crier, une détonation nous signale la mort subite d’une bougie. C’est malin ! On rentre en quasi roue libre, nuage noir dans le sillage, et on arrive enfin au garage, sous l’œil de mon père, affligé, comme toujours.

4 NGK plus tard, je vous passe la sinécure pour changer les bougies (il faut déposer l’intercooler), il a convenu que 1.2 bar c’était bien, finalement. Je suis soulagé… Mais j’ai comme une angoisse sourde : je le vois bien en cachette après manger, rebidouiller maladivement le robinet magique, c’est comme ça avec les toxicos, on est jamais sûr de rien.

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Enfin c’est l’heure de manger, il est rentré chez lui, sans souci puisque le téléphone n’a pas sonné. Ouf. Je me prends à envisager une soirée tranquille, devant une bouteille (ou plusieurs), au « master home », peut être d’ailleurs y aura-t-il nos pom pom girls, des copines court vêtues qui ont pour habitude de danser debout sur notre table, une fois effectué le plein de champagne vodka, notre spécialité… L’interphone me sort soudain de ma torpeur : « c’est moi, descends, j’ai un truc incroyable à te montrer, on ira au master ensuite »

Et meeeeerde….ça recommence ! Il est là en double file, moteur tournant, ronronnement sourd, j’embarque à contrecœur, mesdames et monsieur le commandant vous informe que ce vol est non fumeur…et bref on décolle. 4 priorités brulées et une dizaine de retours de flammes d’échappement à rôtir un piéton plus tard je comprends qu’il a succombé à ses démons : 1.4 bar en l’occurrence, et ça avoine copieux, faut reconnaitre. Nous prenons donc la rue Barberis, au frein à main & à contresens, et trois refus de priorité + quatre chatoyants retours de flamme plus tard nous sommes sur la route qui mène, comme tous les chemins, à Turini.

Bien sûr, les filles nous attendent, bien sûr on n’a pas le temps, mais il veut absolument monter les lacets au dessus de luceram pour me montrer qu’avec la patate supplémentaire elle enroule comme une propulsion, la japonaise. Fond de 5 dans les grands enchainements bordés d’arbre du Col de Nice, j’ai rarement eu aussi peur de ma vie, l’auto filait VRAIMENT, la poussée était violentissime, et j’ai rarement ressenti une telle allonge, aussi soutenue, dans le dossier d’un baquet de voiture de route.

Le bruit aussi était inoubliable, et l’on a attaqué les lacets « à l’abordage don carnage » comme on disait à l’époque. Enfin les premiers lacets. Après 3 ou 4 passages en dérive 4 pneus hurlant et fumant, il s’est mis en confiance et a trop contre braqué trop loin, erreur fatale sur une « intégrale » : je revois encore cet énorme rocher qui remplit le pare-brise, et qu’on évite par miracle…pas le temps de respirer on est déjà dans le suivant, braquage, gaz, un CLONK énorme dans le pont arrière, une roue se bloque, on part en tète à queue…on ne touche rien, l’auto s’arrête contre un parapet…et soudain le silence, le moteur a coupé on entend plus que le crépitement du métal surchauffé, là devant.

Après 15 minutes de réflexion, il m’a donné les clefs, j’ai pris le volant, l’auto a redémarré et roulait normalement. Il ne l’a plus jamais conduite, revendue à son voisin qui roulait alors en Escort RS Turbo et rêvait de passer au stade supérieur. C’était un con, on ne lui a rien dit pour le pont arrière. Je ne l’ai plus revu.

C’est à ce moment que mon gros ami est revenu à ses premières amours : un troisième GT turbo.

texte : N. Solo

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