En mettant de l’ordre dans le grand bazar qui lui tient lieu de bureau-bibliothèque, l’auteur de ces quelques lignes est tombé sur des documents relatifs au Grand Prix de Monaco 1979. Alors, mémoire et nostalgie ont mis quelques pièces dans la machine à remonter le temps …

Nous n’allons pas faire le résumé de la course. Vous n’aviez qu’à être là. Et puis, vous pouvez faire du youtube, wikipédier ou demander à un de vos proches de vous raconter.

En gros, disons que Scheckter dans la plus pure tradition monégasque a mené du premier au dernier tour, a résisté à un retour spectaculaire du vieux Regazzoni et a pris seul les commandes du championnat. Derrière, les furieux ont assuré un spectacle somptueux en se battant comme des chiffonniers.

Mais au-delà de ces batailles entre seigneurs du volant, je ne peux m’empêcher de penser que cette course là marqua à plusieurs titres la fin d’une époque. Ou le début d’une autre.

Ferrari : ce sera Scheckter

Après un début de saison où il fût copieusement dominé par le spectaculaire Villeneuve (dont une défaite cuisante sur ses terres de Kyalami), Jody Scheckter a remonté la pente. Vainqueur à Zolder, il enchaine sur un triomphe à Monaco, alors que dans les deux cas Villeneuve est reparti bredouille.
À Monaco, il a géré avec flair et maestria le retour de Regazzoni et s’installe seul en tête du championnat. Personne ne l’en délogera plus. Persuadé que son heure viendra, Villeneuve renoncera à combattre à Monza et laissera le titre à son « leader ». Son ami Carlos Reutemann, qui savait de quoi il parlait, lui avait pourtant expliqué qu’il ne devait pas jeter aux orties cette chance de devenir champion du monde, personne ne pouvant lui certifier que le plat repasserait. L’année suivante le Nuvolari canadien déploiera des efforts colossaux pour marquer … six points (soit, tout de même, le triple du total de Scheckter).

Pour mémoire, « le plat » est repassé, mais il ne s’est arrêté à Maranello que 21 ans après.

Lotus, la fin d’une époque

Cette image de Colin Chapman accueillant son pilote, Carlos Reutemann classé troisième, comme un vainqueur est une rareté. Accidenté aux essais, mal qualifié, handicapé par un échappement fissuré, l’argentin a livré une bataille furieuse et accroché une incroyable troisième place à seulement huit secondes du duo triomphant. Chapman est bluffé et croit encore aux chances de son pilote au championnat. En effet, depuis le début de la saison El Lole conduit superbement, est le seul à résister aux pilotes Ligier et Ferrari, et il garde le contact au championnat. Il a atomisé le champion en titre, le grand Mario Andretti, qui se consacre au développement de la Lotus 80 (en laquelle Carlos ne croit pas du tout), qui sera hélas un échec cuisant. La suite sera pourtant douloureuse : Carlos ne marquera plus le moindre point au cours de la saison ! Carlos et Mario se fâcheront, se réconcilieront , la 80 ne marchera jamais, la 79 sera dépassée par ses clones et l’équipe partira en quenouille durant l’été. Et cette image de Chapman, est sans doute la dernière où il apparait en acteur de premier plan jouant le championnat. Plus jamais jusqu’à sa disparition, il ne connaitra le frisson de la bataille pour le titre… Quant à Carlos, il manquera se retirer définitivement sur ses lointaines terres tant cette calamiteuse demi-saison avait entamé son amour de la course. Il trouvera finalement refuge chez un constructeur en phase ascendante, Williams.

Williams, l’ascenseur pour la gloire

Le chemin a été long et pénible pour Franck Williams. Mais il a déniché un associé-collaborateur-ingénieur- tête de cochon talentueux : Patrick Head. Ils ont embauché un pilote sous-estimé mais conforme à leurs valeurs de travail et d’obstination : Alan Jones. Leur première auto en 1978, la FW06, est une réussite et le pilote australien s’avère une vraie pointure.

Lorsqu’elle arrive à Monaco, la récente Williams FW07 a déjà fait sensation lors des deux manches précédentes. Cette copie réussie de la Lotus 79, se révèle efficace à défaut d’être fiable. Aux mains du talentueux Alan Jones, elle a laissé entrevoir un potentiel très intéressant. Mais c’est avec le vétéran Regazzoni qu’elle touche les premiers dividendes, avec ce podium monégasque. C’est la première pierre d’un édifice somptueux… Et c’est encore avec le sémillant Rega (au grand regret de l’équipe toute acquise à son enfant chéri australien) que moins de deux mois plus tard, à Silverstone, Williams va ouvrir son compteur de victoire. Suivront un été triomphal et deux saisons couvertes de gloire pour la légendaire FW07.

Ligier, le train est passé

Après sa campagne sud-américaine triomphale, Ligier tient encore la cadence. Depailler a gagné en Espagne et les belles JS11 bleues étaient dans le coup à Zolder. A Monaco, les choses vont moins bien. Laffite casse et perd de précieux points et Depailler livre une somptueuse bataille à Reutemann. Le cliché ci-dessous rend compte de l’intensité de la lutte qui coutera un aileron avant à l’auvergnat. Mais c’est une rupture de moteur qui l’arrêtera juste avant l’arrivée, ce qui lui vaut d’être classé malgré tout au cinquième rang… Pour Ligier, c’est le début de la fin. Faute de budget pour développer la petite merveille de Gérard Ducarouge, l’équipe va stagner et ne jouera plus vraiment les premiers rôles au cours de cette saison. Une belle occasion vient de passer …

Depailler, la der

Ce qui va aussi compliquer la tâche de Ligier, c’est la blessure de Depailler au cours d’un accident de deltaplane. Ce Grand-Prix de Monaco était le dernier de Patrick en bleu. Ce seront aussi, hélas, ses derniers points en championnat du monde. Son retour courageux, douloureux et brillant en 1980 au volant d’une Alfa Roméo (avec en particulier une grosse perf à Monaco) lui vaudra de croiser son destin à Hockenheim …

Niki, la der à Monaco

Fatigué le grand Niki. Cette foutue BT48 ne marche que lorsqu’elle en a envie, le jeune Piquet avance comme un damné, cette saison n’est vraiment pas une sinécure.
Sur ce circuit où il a tant brillé (vainqueur en 75 et 76, 2eme en 77 et 78 !), il retrouve ses sensations et occupe brièvement la seconde place puis se bat pour rester sur le podium. Mais les jeunes aux dents longues ont des techniques de dépassement qu’il a du mal à comprendre …

Dans quatre mois il sera retraité du sport automobile et jeune créateur d’entreprise.

No more shunt for Hunt

La flamme était éteinte depuis quelque temps déjà. Et ce n’est pas cette jolie mais médiocre Wolf WR8 qui allait la rallumer. Monaco 79 est le dernier week-end de Grand-Prix pour le champion du monde 1976. James Hunt sera bientôt un commentateur appelé à devenir légendaire …

Sa place sera prise par un ambitieux mercenaire qui court le cachet en F2/Canam et a réalisé l’exploit peu commun de s’imposer dès sa première course de F1 à l’International Trophy de 1978 sur une piste de Silverstone transformée en lac finlandais. Il s’appelle Keijo (Keke) Rosberg et partage avec son prédécesseur le goût des Marlboro, de la vie facile et un style assez flamboyant.

Renault, derniers sourires

Comme prévu, le week-end des autos jaunes, les seules à rouler avec un petit 1500cm3 turbo-compréssé, a été pourri. Le temps de réponse du turbo est un handicap rédhibitoire sur le tourniquet azuréen et Jabouille et Arnoux ont fait de la figuration. L’équipe française continue à faire sourire.

C’est pourtant la dernière fois. La prochaine course au calendrier, c’est le Grand-Prix de France, à Dijon …

Texte : Frédéric B.