Nous avons rencontré Johnny Herbert le mois dernier, lors d’une présentation Maserati dont nous vous reparlerons bientôt. L’occasion de poser quelques questions à l’ex pilote de Formule 1 sur sa carrière, la F1 moderne, le retour de Michael Schumacher et… savoir s’il a déja enfilé le costume du Stig !

Johnny, on vous a un peu perdu de vue depuis la F1, que s’est il passé depuis ?

J’ai toujours adoré Le Mans, depuis toujours, alors après mes participations au début des années 90, j’ai eu envie d’y retourner. J’ai eu l’opportunité d’y revenir avec Audi en 2001, 2002, 2003 (avec Bentley NDBG) et 2004. En 2001 nous avons eu un problème et nous avons du abandonner, puis nous avons fini second les autres années. C’est régulier… Mais malheureusement toujours à la deuxième place.. C’était une expérience très agréable car ces protos sont toujours des voitures sympa à conduire. La technologie à certes changée depuis, notamment avec l’arrivée du diesel introduit par Audi et Peugeot, mais le Mans reste toujours une belle course aussi bien pour les pilotes que les spectateurs. L’ACO à fait un travail extraordinaire pour conserver le prestige de cette épreuve. C’est la clé de la popularité de cette course.

En 2004 j’ai piloté pour Maserati avec la MC12, puis en 2005 et 2006 je suis revenu dans le monde de la F1 avec l’équipe Midland, en tant que directeur de la communication, une expérience intéressante. Puis je suis revenu faire quelques courses de BTCC en Angleterre, et maintenant je participe aux Superstars Series avec une Chevrolet Lumina. C’est un championnat italien réservé aux voitures à moteur V8. On court à Monza, Imola, au Paul Ricard, à Potrimao, Hokenheim, Kyalami,Vallelunga… C’est amusant, et je prends toujours du plaisir à piloter, c’est important !

Racontez nous votre expérience au Mans avec Mazda ? Ce devait être très différent de conduire avec un moteur rotatif ?

Oui, le Wankel était un moteur très spécial. Normalement avec un moteur à essence, quand on lâche l’accélérateur, le moteur freine la voiture; avec un rotatif, il n’y a rien. On lâche le pied et la voiture continue d’avancer sur son élan. Mais au Mans, tout particulièrement, ça a un avantage : pendant ce temps là vous ne consommez pas d’essence.
La voiture était beaucoup plus compétitive en 1991, on était aussi rapide que les Jaguar. Les Mercedes, elles, étaient très, très rapides – mais pour gagner, il faut tout d’abord finir la course ! Nous on a fini, en première place, alors que les Mercedes sont tombées en panne. Avec Bertrand Gachot et Volker Weidler. nous roulions toujours à fond, aussi vite qu’en qualifs. C’était dur, mentalement, physiquement…

Il paraît que vous étiez tellement fatigué que vous avez raté le podium ?

Exact ! En 1991 on avait pour habitude de faire deux relais entre deux changements de pilote. Nous étions en tête, je faisais mes deux derniers relais programmés. Je pensais donc que la course était finie pour moi, et je n’avais pas pris la peine de boire suffisamment. Et là, tout à coup j’entends à la radio que comme je fais du bon boulot, je vais devoir rester encore dans la voiture. J’ai fait un – ou deux je ne sais plus – relais supplémentaire. Tant que j’étais dans la voiture ça allait, je tenais le coup, mais dès que la porte s’est ouverte, je me suis levé d’un coup et j’ai senti tout mon sang descendre dans mes jambes… Je me suis évanoui ! Donc j’ai raté le podium. (rires) Ridicule ! J’ai gagné le Mans, mais je ne suis jamais monté sur la première marche du podium ! La deuxième, plusieurs fois ensuite, mais jamais la première.

Alors, pourquoi ne pas revenir au mans en 2011 pour célébrer les 20 ans de cette victoire ?

Ah, tiens, je n’y ai pas pensé. 20 ans… Pourquoi pas ? 20 ans, mon dieu ! (songeur) Il faut que j’y réfléchisse… Finir premier ça sera dur, il faut une Peugeot ou une Audi pour ça, et maintenant ils ont leurs pilotes. Intégrer ces équipes ce serait impossible. Peut-être une Corvette, ou une Aston… Mais ça ne sera pas une vraie victoire, ce qui me ferait bien plus plaisir. J’ai aimé mon expérience avec Aston, il y a deux ans, j’aimerai bien ré-essayer. Peut-être…

Je me rappelle de votre première victoire en F1, vous aviez l’air incroyablement heureux sur le podium. Le plus beau jour de votre vie ?

La première victoire est toujours spéciale. Pour moi c’était encore plus spécial, à cause de l’accident que j’ai eu et ma blessure au pied. J’ai d’abord été heureux d’avoir pu remporter une course après tout le travail de rééducation que j’ai du fournir, la fatigue, la douleur… avoir pu remonter dans une voiture de course, conduire une Formule 1, et gagner ! Ensuite j’ai pu apprécier pleinement cette victoire à domicile, à Silverstone. La Grand-Prix d’Angleterre a toujours suivi aux pilotes anglais : Hamilton, Button, Damon Hill, Mansell, James Hunt, John Watson… et moi ! C’est fantastique d’avoir pu le remporter !

Quelle est votre regard sur cette saison de F1 ? Vous l’aimez ?

Oh oui ! Avec Vettel, Hamilton, Weber, Button, Roseberg, Michael qui est toujours là, Barichello… c’est très intéressant. J’aime surtout les pilotes les plus jeunes, comme Sebastian et Lewis, Jenson – un peu moins jeune – Suttil, Roseberg, Algesuari… Ils forment un groupe sympa. De bon gars, à qui on peut parler. Car à une époque c’était très dur pour les journalistes de parler aux pilotes. C’est une belle nouvelle génération de pilotes, très rapides, très agressifs – Hamilton, Alonso, Vettel par exemple – d’autres plus réfléchis, comme Webber…

Ce qui est fantastique c’est que jusqu’au bout on ne peut pas savoir qui sera champion. D’habitude on a vite une bonne idée sur la question, mais là toujours pas (l’interview a été réalisée avant le GP du Japon NDBG). Par exemple je ne pense pas que Red Bull ne soit la meilleure équipe, mais je ne saurai dire dire qui l’est. McLaren ? Ferrari ?

Vous étiez l’un des premiers équipiers de Michael Schumacher. Que pensez vous de son come-back ?

La première question que les gens se posent c’est : est il plus lent, ou toujours aussi rapide ? Je pense qu’il est peut-être 1% plus lent que dans le passé. Il y a deux choses qui ont changé. La première ce sont les essais. Quant Michael était chez Ferrari, par exemple, chaque course était suivie de nombreuses séances d’essais. Il y en avait tout le temps, et Michael en faisaient plus que n’importe quel autre pilote, ce qui lui permettait de faire évoluer sa voiture bien mieux que les autres. Ensuite, il était entouré de nombreux ingénieurs qui l’ont suivi de Benetton à Ferrari et avec lesquels ils avait de très bon rapport : Ross Brawn, Rory Byrne… Aujourd’hui, il n’a plus que Ross, et il n’a plus le droit de faire des essais, c’est très handicapant pour lui, alors que pour les autres pilotes, plus jeunes, c’est juste une situation normale.

Ensuite, il y a un troisième point, qui est sans doute le plus important, c’est qu‘il y a une nouvelle génération de pilotes, qui sont vraisemblablement meilleurs que lui. C’est la même chose dans tous les sports, au golf par exemple, Jack Nicklaus est une légende, aujourd’hui il y a Tiger Woods, très différent mentalement et sans doute un meilleur golfeur. Au tennis, comparez les joueurs des années 70, plutôt lents, avec ceux d’aujourd’hui qui passent tout en force. En F1 c’est exactement la même chose. Regardez ce que fait Nico Roseberg : il a la même voiture, et je pense que l’équipe le met un peu en retrait, à cause des relations de Michael avec Ross Brawn et Mercedes… et pourtant, il réussit mieux en course. Aujourd’hui, Michael ne progresse plus, il régresse même sans doute, alors que tous les jeunes pilotes s’améliorent sans cesse.

Autre chose, Michael était toujours excellent en qualifications, et était capable d’attaquer très fort en course… mais aujourd’hui tous les pilotes le font aussi. Hamilton est toujours à fond, Alonso pareil, Vettel, Kubica….
Mais je suis sur qu’il va rester l’année prochaine, il l’a dit. Mais ça sera toujours dur pour lui, ça ne changera pas. Peut-être qu’ils auront une bien meilleure voiture, mais il aura toujours Nico Rosberg à battre, et ça, ça ne sera jamais facile.

On a beaucoup parlé du Stig récemment. Pouvez-vous nous dire si vous avez déjà enfilé le costume du pilote d’essai de Top Gear ?

Malheureusement pas. On ne me l’a jamais demandé, et je ne l’ai jamais demandé, parce-que sous ce casque n’importe qui pourrait se cacher ! Pas moi, en tout cas, jamais ! Est ce que j’en ai envie de prendre cette place aujourd’hui ? Non !

Quelle fut votre première voiture ?

Une Mini 850. Mais mon premier véhicule était un van Transit, à l’époque où je faisais du kart.

Votre endroit préféré pour conduire ?

Il y a un circuit où je n’ai jamais vraiment piloté, c’est la Nordshleiffe. Je n’en connais pas tous les virages comme il faudrait. Ce serait très intéressant.

Votre meilleur souvenir automobile ?

Un de mes meilleurs souvenirs fut de conduire à Silverstone, à Goodwood, et au Mans, une Jaguar D-type. C’était en 2005 je crois, lors d’une course la veille des 24h du Mans. Elle se conduit vraiment comme un kart, et à Silverstone et Goodwood elle sautillait beaucoup, ce qui était très désagréable… Mais au Mans c’était fantastique ! Je me suis qualifié premier – bon, face à de vieux messieurs je tournais vraiment plus vite. Au Mans, avec la voiture de Mike Hawthorn, en dérapage dans les virages ! Un de mes plus grands plaisir, depuis longtemps.
Autre chose que j’adorais, c’était conduire au Mans à 3 ou 4h du matin. C’ést « l’happy hour », là ou on pouvait faire les tours les plus rapides. Magique.
En F1, une de mes meilleures courses fut le GP de Malaisie en 1999. J’ai fini 4e, un de mes meilleurs résultat à l’époque

La voiture qui vous fait rêver ?

Une vieille GT40, ce serait sympa, pour la route. Il y a une voiture que je n’ai jamais conduit, qui me fascine, c’est l’Auto-Union Type C, avec les roues jumelées. J’aurai pu, quand je pilotais pour Audi. J’aimerais l’essayer, rien que pour la forme de cette voiture, si spéciale…

Interview et photo portrait : Yan Alexandre